mardi 16 octobre 2012

Bulgari, new Octo.


L’intégration du savoir-faire de la Manufacture du Sentier Roth & Genta par Bvlgari n’a pas laissé le web horloger insensible ; certains observateurs étaient sceptiques à l’idée que des modèles comme l’Octo puissent trouver leur place et une légitimité dans le cadre horloger de Bvlgari. Force est de constater que non seulement l’Octo reste au catalogue, mais surtout que son design se voit dépoussiéré et même sublimé.



Le défi qu’a dû relever Bvlgari avec la nouvelle Octo était d’épurer une gamme dont les multiples variantes ne permettaient pas d’extraire l’essence.

Ce qui interpellait dans l’ancien dessin de l’Octo, c’est qu'à l‘inverse de la Nautilus ou de la Royal Oak, la montre était pour le moins complexe au niveau du cadran et parfois trop chargée dans ses déclinaisons les plus colorées.
Et que finalement la foultitude de détails nous cachait l’essence  de cette montre, c'est à dire le contraste entre ses formes géométriques: cercle, carré et octogone.
En nettoyant le cadran de ses sous-compteurs rétrogrades et en supprimant les inutiles vis de la lunette, on arrive à une épure de très haut niveau.
Ce qui surprend pour une montre à vocation habillée, c’est la force de la lunette brossée. Cette puissance est amenée par la bague octogonale qui se situe entre le boitier et la lunette; son poli miroir est assez discret et il faut quelques minutes pour comprendre d’où vient l’impact que dégage la montre lorsqu'on la passe au poignet.







J’ai en fait retrouvé les sensations que j’avais ressenties en essayant une Panerai pour la première fois, il y a de longues années : un mélange de brutalité et de raffinement assez unique et typiquement transalpin. Sans aucun doute, cette Bvlgari Octo a été « italianisée ». Mais comprenons-nous bien, à l’inverse d’une Luminor Betarini, la montre est beaucoup plus raffinée que brutale. Mais alors que dans beaucoup de cultures (notamment en France) on part bien souvent d’un élément brut que l'on transforme à plusieurs reprises, puis que l’on raffine, chez les Italiens on prend un élément brut et on le raffine sans étapes intermédiaires. Les produits concernés ont la particularité de conserver la bestialité de la nature avec un habillage de luxe que seuls les meilleurs artisans savent fournir.  
En conséquence, au porté c'est une pièce intense qui n’est pas une montre habillée classique, mais une montre sport-chic. De ce point de vue, le partenariat avec Maserati est assez cohérent.
Mais contrairement à une automobile Maserati, c’est une montre relativement discrète au quotidien, sans métaux polis, ni couleurs ou finitions tape-à-l’œil, dont la sobre élégance s’adresse à des connaisseurs; d’ailleurs vos proches (non horlophiles) reconnaîtront plus facilement le "Bvlgari" inscrit sur le cadran, qu’ils ne sauront discerner le contraste génial entre la lunette, la bague polie et le boitier. C’est donc un produit qui offrira plusieurs niveaux de lecture en fonction de son public. Cela présentera également un certain avantage pour le nouveau passionné acquéreur d'une Octo Bvlgari: avec l'accroissement de son niveau de connaissances horlogères, il découvrira progressivement les multiples facettes de sa montre.



Le cadran est sans aucun doute la partie la plus paradoxale de cette montre. Malgré un diamètre intermédiaire (41.5mm) et une lunette relativement épaisse, il semble avoir une ouverture énorme ; cet effet est sans doute dû à son traitement laqué, qui fait que le noir très pur et brillant tranche vivement avec l’acier presque blanc du boitier.
Mais si visuellement c’est très réussi, j’espère que cette grande surface de cadran sera exploitée sur de futures variantes afin d'y laisser s’exprimer textures et matériaux, comme par exemple du Lapis-lazuli ou des finitions telles qu'un guillochage géométrique à la Vasarely…



Les aiguilles amplifient l’effet sport de la montre. En choisissant des  aiguilles d'un dessin classique mais avec des dimensions sportives, Bvlgari opte pour un consensus qui s’avère payant. Elles ne sont pas luminescentes et bien que le gain esthétique soit évident, on perd forcément l'avantage de la luminosité de nuit…
La montre reste néanmoins très lisible dans la pénombre, les grandes aiguilles polies réfléchissant la moindre lueur.
Par contre Bvlgari a conservé la date, un choix pratique. Dans les faits, son guichet étant assez mat, il passe inaperçu entre les reflets du cadran et le brossé de la lunette.



Au poignet, c’est beaucoup plus imposant que ne le laisseraient supposer les 41.5mm ; cet effet vient de l’ouverture de cadran et du boitier apparemment carré mais en réalité octogonal. La montre en impose d’autant plus que le bracelet en alligator est très bien fait et qu’il donne un petit côté « poignet de force » à l’ensemble. Je garde par ailleurs une préférence pour le boitier acier, qui contraste mieux avec le noir du cadran. Celui-ci me transporte moins sur la version or rose, je lui préférerais un cadran chocolat noir et un cuir idoine. Mais ainsi qu'évoqué plus haut, la gamme ne fait probablement que débuter et des variantes dans l’air du temps sont en préparation.



Enfin, le dernier point notable et le plus important au regard de la continuité qualitative, c’est le mouvement.
Certes, cette Octo ne bénéficie pas encore, pour l’instant, d’un mouvement de manufacture « in-house ». Elle est équipée du BLV193, basé sur le calibre VMF3000 de Vaucher, personnalisé par Bulgari.
Les caractéristiques de ce mouvement de 11.5 lignes sont assez courantes : 28800 a/h, pour une réserve de marche de 50h environ, délivrée par deux barillets afin d'assurer un couple optimal. Ce calibre a le bon goût de ne faire que 3.7mm d’épaisseur, ce qui garantit la finesse de la montre.
Mais son intérêt réel n’est pas que là : il faut comprendre que le niveau qualitatif de ce mouvement commence là où s’arrête ETA et que même dans les productions de base, on est proche de la haute horlogerie.
Et là où cela devient passionnant, c’est qu’on se rapproche du niveau de finition d’un mouvement de Haute Horlogerie, pour une montre dont le prix est largement inférieur.



Avec ce beau calibre et ce design enfin épuré, cette Bvlgari Octo est plus qu’un hybride réussi. Elle s’inscrit plus que jamais dans la prestigieuse lignée des montres sport-chic décalées des années 70’, créées par un certain monsieur G.

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